NORTHUP Solomon – Douze ans d’esclavage

Twelve years a slave – 1853 – Derby & Miller (première édition)
Le Sycomore – 1980 et Entremonde – 2013 (pour la traduction française)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Bonnet et Christine Lamotte

20180708_094942États-Unis, 1841. Solomon Northup est né et a grandi dans l’État de New York. Homme libre, il va être capturé par deux négriers et vendu comme esclave en Louisiane. À l’issue de sa libération douze ans plus tard, Solomon Northup écrira avec l’aide d’un juriste le récit de ces douze années d’esclavage.

Les récits d’esclaves dont Frederick Douglass est l’un des plus célèbres représentants font partie intégrante de la littérature américaine. D’abord publiés en Angleterre, ils sont édités aux États-Unis dès le XIXème siècle par des éditeurs abolitionnistes désireux d’alimenter la lutte contre l’esclavage en présentant la réalité de la condition d’esclave. Certains d’entre eux écrivaient eux-mêmes ces récits sous la dictée des esclaves qui n’étaient pas ou peu alphabétisés. Ces récits ont pris une importance considérable : l’opinion publique pouvait alors se forger une idée sur l’esclavage qui s’incarnait dans une réalité humaine et non plus dans un calcul économique. La forme du récit flirtant parfois avec la forme romancée permettait au lecteur d’entrer plus facilement en empathie avec un personnage et ainsi de ressentir l’injustice  et la violence de sa condition. Ces récits d’esclaves sont vite devenus une source d’information et un outil de lutte que les antiabolitionnistes ont tenté d’étouffer en contestant l’authenticité et la véracité de ces témoignages.

Solomon Northup naît en 1808 dans l’État de New York. Son père, affranchi à la mort de son maître, hérite du nom de ce dernier : Northup. Il donne à son fils une éducation poussée, l’encourage à lire, à jouer du violon et à mener une vie honnête. Devenu adulte, S. Northup aspire à une vie de paix et d’indépendance. Peu enclin à l’indiscipline, bien que subversif à son corps défendant, il travaille dur et économise suffisamment pour acquérir une ferme dans laquelle il s’installe avec son épouse et leurs trois filles. Au cours d’un déplacement à Washington, il est capturé par deux négriers qui par leur violence font taire sa voix, pourtant officielle, d’homme libre. Il est déporté en Louisiane, vendu, loué, revendu dans une plantation de coton puis dans une plantation de canne à sucre. Il va connaître un maître très religieux, élevé dans la tradition sudiste où posséder des esclaves est normal et essentiel pour exploiter sa plantation, mais qui porte également en lui un sentiment d’injustice et d’amoralité vis-à-vis de cette condition. S. Northup va aussi connaître un maître très violent pour qui les esclaves ne sont pas que des travailleurs gratuits, mais aussi des souffre-douleurs sur lesquels il peut à loisir défouler l’ensemble de ses frustrations et de ses pulsions. Finalement libéré, S. Northup pourra retrouver sa famille après douze années d’absence.

Le récit de S. Northup est riche dans sa manière factuelle et intellectuelle d’aborder les différents éléments de l’esclavage. Il nous relate précisément sa condition d’homme libre, son enlèvement, les différentes plantations sur lesquelles il travaille, les comportements des maîtres, les enjeux économiques, les mutations sociales et politiques de l’époque. C’est un récit très documenté y compris sur la culture du coton et de la canne à sucre. À cette photographie des États-Unis du Sud au milieu du XIXème siècle, S. Northup interroge le rapport et la posture entretenus avec la notion d’esclavage. S. Northup est certes né libre, mais son père l’a sensibilisé sur l’esclavage. Néanmoins, voici ce qu’il nous livre au début de son récit :

« À l’hôtel des États-Unis, il m’arrivait fréquemment de rencontrer des esclaves qui venaient du Sud en compagnie de leurs maîtres. Ils étaient toujours bien habillés, bien nourris, et semblaient mener une vie facile, à l’abri des tracasseries ordinaires de l’existence. Ils me parlaient souvent de l’esclavage et je m’aperçus qu’ils nourrissaient presque tous un secret de désir de liberté. Certains me firent part de leur volonté de s’échapper et me consultèrent sur le meilleur moyen d’y parvenir. Mais la peur de la punition qui, ils le savaient bien, suivrait fatalement leur capture et leur retour final s’avéra dans tous les cas assez forte pour les dissuader de tenter l’expérience. J’avais respiré toute ma vie l’air libre du Nord. J’étais conscient d’éprouver les mêmes sentiments, les mêmes impressions que les blancs ; conscient également de posséder une intelligence au moins égale à celle de bien des hommes, et une peau tout aussi belle. J’étais trop ignorant, trop libre peut-être, pour arriver à comprendre comment l’on pouvait supporter l’abjecte condition d’esclave. »

Une fois éprouvée la condition d’esclave, S. Northup change de discours :

« Ce que furent mes méditations, les innombrables pensées qui défilèrent dans mon cerveau, je n’essaierai pas de le dire. Qu’il me suffise de mentionner que, pas une fois, au cours de cette interminable journée, je n’en suis arrivé à la conclusion que l’esclave du Sud, bien nourri, bien habillé, bien fouetté et bien protégé par son maître est plus heureux que l’homme de couleur, citoyen libre du Nord. Cependant, même dans le Nord, il ne manquera pas d’hommes charitables et bien intentionnés pour déclarer que j’ai tort et pour trouver des arguments à l’appui de cette affirmation. Hélas ! Ils n’ont jamais bu, comme moi, la coupe amère de l’esclavage. »

Tant qu’il n’était pas concerné directement par l’esclavage, et bien qu’homme noir et fils d’esclave, S. Northup ne pouvait pas imaginer la réalité de cette condition. On n’imagine pas une réalité, ça saute aux yeux quand on l’écrit. C’est toute la force et la raison d’être de ces récits d’esclaves : transmettre une réalité.

Solomon Northup naît en 1808 dans l’État de New York, est réduit en esclavage de 1841 à 1853. Suite à sa libération et à la publication de son récit « Twelve years a slave », il devient un militant abolitionniste. Très peu d’éléments fiables sont connus sur la suite et la fin de sa vie. Son récit sera adapté au cinéma en 2013 par Steve McQueen.

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